____________________________________________________________________« Quand vous apercevez une explosion nucléaire, le plus important est de lui tourner le dos, afin que le metal fondu ne s'écoule pas sur les organes de reproduction de l'Etat »____________________________________________________________________

____________________________________________________________________« Quand vous apercevez une explosion nucléaire, le plus important est de lui tourner le dos, afin que le metal fondu ne s'écoule pas sur les organes de reproduction de l'Etat »____________________________________________________________________
W_ A_ R _._ ._ ._ W_ A_ R__ N_ E_ V_ E_ R__ C_ H_ A_ N_ G_ E_ S_ ._ ._ .


(J'aime Fallout, et alors ?)

My name is... Dr Zed...




JE VEUX BIEN FERMER LES GUILLEMETS MAIS PAS MA GUEULE
a dit Desproges, et je ne peux qu'être d'accord.



There is fine line between genius and madness... Noisuf-X

(Et je parraine Feuersturm, parce que son histoire est l'une des meilleures qu'il m'a été donné de lire.)



/!\ ACHTUNG ACHTUNG Signal 911 c'est du trash avec un héros méchant pas beau et comprend des scènes à ne pas mettre sous les yeux de ceux qui vivent dans le pays de mon © Petit Poney. UNE BONNE FOIS POUR TOUTES, JE NE FAIS PAS DU GRAND PUBLIC.

/!\ Pour les débiles congénitaux bouchés de la cervelle, je répète que JE N'ACCEPTE PAS LES PUBS (là, c'est marqué en gros et en rouge, faut vraiment être crétin pour le rater), je ne les lis pas, je les supprime direct. (Par contre, si vous avez donné votre avis sur ma fiction et que vous souhaitez avoir le mien sur votre oeuvre, c'est avec plaisir.)


♪♫♪




S_O_M_M_A_I_R_E




# Posté le jeudi 10 décembre 2009 06:56

Modifié le dimanche 20 décembre 2009 12:43

_____L_E_S__C_R_I_T_I_Q_U_E_S_____

_____L_E_S__C_R_I_T_I_Q_U_E_S_____
Que ce soit des fleurs ou des parpaings...



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A vrai dire, Signal 911, c'est toute une démarche marketing.



«Cette nouvelle est un chef-d'½uvre. Non, je n'exagère pas du tout, et je pèse mes mots : c'est un chef-d'½uvre ! Je ne comprends pas comment il est possible de réussir aussi bien une description (bien qu'elle soit un peu longue et qu'il fasse s'armer de courage : j'ai eu par moment un peu de mal à comprendre [eh oui, les jeunes d'aujourd'hui manquent de vocabulaire, j'en fais partie]), d'avoir autant de vocabulaire, de faire passer aussi bien l'angoisse au lecteur et par dessus tout, qu'il y est du suspense ! Si vous aimez l'horreur, je vous la conseille vivement. Les quelques fautes d'orthographe ne sont absolument pas gênante à la lecture, et j'aime beaucoup le style de l'auteur.
Déf. de chef-d'½uvre, extrait du Petit Larousse 2008 : "Ce qui est parfait en son genre."»


Sûrement le plus gros semi-remorque de fleurs que je n'ai jamais reçu dans ma vie...

x touteunehistoire a dit :

Son Avis : alors première fiction que je lis qui est déjà terminée et que dire. Je suis stupéfaite. Déjà l'intrigue est juste surprenante, éblouissante. J'ai été ravie de voir enfin une fiction avec une intrigue policière. Ravie de voir un style différent, sans histoire d'amour à la fleur bleue et autre . . . Je vous avoue que j'ai hésité à la publier sur mon annuaire et puis je me suis dit que des fictions comme ça, on en voit pas tous les jours et qu'elle méritait ça place autant que les autres. J'ai eu un coup de c½ur même si j'ai été déçu par la fin le tyle de l'auteur, l'intrigue, le suspense, la façon dont elle nous tient reste magnifique !
Intrigue : 4/4

La décoration est très belle ce qui est étonnant quand on sait le style de la fiction. Les images nous mettent assez bien dans l'ambiance. Elles sont d'ailleurs très belles, j'aime la façon dont le photographe à jouer avec les ombres car je crois qu'elles viennent d'un photographe. L'écriture est lisible, ni trop petite, ni trop grande. les couleurs sont harmonieuses.
Décoration : 1,5/2.

Il y a quelques fautes, des phrases mal exprimées ou autres, mais je crois que c'est normal ! Mais ça ne gêne pas trop la lecture.
Syntaxe et grammaire : 3/4

Sa note : 8,5.



Il fallait bien une fin brutale pour ne pas faire espèrer de suite. Mais je ne me justifie surtout pas (non, non).


«Il y a de très bonnes descriptions, mais je trouve qu'il n'y a pas vraiment d'histoire. L'auteur arrive a nous faire rentrer dans la peau du personnage mais l'histoire n'est pas assez présente contrairement aux descriptions, on a plus l'impréssion de visiter un lieu que d'assister a l'histoire c'est dommage vraiment. L'histoire pourrais sans doute plaire au fan de grande description ou au addict du genre gore...»

Le seul parpaing du lot... Je ne veux pas chipoter, mais je trouve quand même cet avis assez réducteur.

x Anagramme a (beaucoup) dit :

«Je vais débuter mon avis d'une façon étrange par rapport aux autres articles, en commençant par ce qui m'a plus ou moins déplu dans cette histoire. A partir du chapitre 00h20, j'avoue avoir été déçue. Pas par la tournure que prenait les évènements, au contraire, mais par la narration. Trop rapide à mon gout. Bon, ok, il s'agit d'une nouvelle et non d'un roman de 500 pages, qui, d'après ce que j'ai compris, a été très rapidement écrite. Mais à mon gout, nouvelle ou pas, le rythme est beaucoup trop accéléré, et le récit, de ce fait, perd un peu en crédibilité. Par exemple, je n'ai pas du tout été choquée par la scène du viol, pas le moins du monde, mais je suis restée sceptique et sur ma faim. Pas que j'aurais souhaité plus de détails sordides, je n'en suis pas rendue à ce niveau de sadisme, mais j'aurais apprécié que l'on se penche plus sur l'aspect psychologique de la chose, sur ce qu'il se passe dans la tête du caporal pour qu'il en arrive là. Je ne veux pas dire par là que j'aurais aimé que l'on défende son humanité, qu'on lui trouve des circonstances atténuantes ; juste que l'auteur développe un peu plus sa personnalité, quitte à nous faire découvrir un sadique sexuel ou n'importe quelle bête de ce genre. Surtout qu'il s'agit d'une point de vue interne, donc je pense que c'était tout à fait réalisable. Là, ça m'a plutot donné l'impression : "Je suis un gars assez cynique mais sans emmerdes, petits toxico à mes heures perdues, je viol la fille vite fait bien fait et on en parle plus.". Dommage.
Certains éléments m'ont aussi paru incohérents. Par exemple, Foxtrot-Bravo dit à l'alpha-leader que tous les membres du SWAT ont été liquidés, mais ce même Foxtrot-Bravo est retrouvé mort par ses "collègues". Il reste donc forcément un des membres du SWAT en vie. Et personne ne s'alarme ? Aucun cannibale ne part à la recherche de Dwight ? Pour le coup, j'avoue ne pas avoir très bien saisi.
Après avoir lu tout ça, vous vous demandez sans doute pourquoi je lui consacre un article si je lui trouve des points négatifs. Tout simplement parce que l'histoire m'a énormément plu (décidément, un côté sadique somnolerait-il en moi ?), mais ce qui m'a surtout attirée, c'est le talent de son auteur. Et je reste persuadée que si cette nouvelle était retravaillée et tirait un peu plus en longueur, ce serait un petit chef d'oeuvre. Vraiment, l'auteur utilise un vocabulaire riche, parfaitement maîtrisé, mais avant tout adéquat et cohérent à l'ambiance générale de l'histoire. Le champ lexical s'accorde à l'atmosphère de l'usine, l'opposition avec celui des descriptions de la jeune fille est travaillé, soulignant un peu plus encore le décalage entre les deux et renforçant le mystère autour du personnage féminin. Les mots tels que "veneneuse" et autres synonymes, ou les "cette odeur... elle me rend malade" et dérivés prennent tout leur sens dans le dernier chapitre et l'épilogue. On rencontre un certain souci du détail lugubre ; pour n'en donner qu'un seul exemple, je citerai le délicieux panneau "danger de mort" ( chapitre 00h20), qui est si bien placé que ça m'a arraché un rire froid. C'est cynique, sardonique, tout autant que le personnage principal. Voilà une forme telle que je les aime, où l'on retrouve une certaine finalité dans le choix des mots et le style de narration.
Un auteur qui sait de quoi elle parle, comme par exemple en matière d'armement etc, et surtout, qui n'est pas une petite joueuse dans le domaine de l'écriture. Je pense honnêtement qu'elle a une grande facilité dans ce domaine là, et c'est tout de même assez rare sur le net.
L'intrigue est prenante, vraiment, le suspens est aussi au rendez-vous, les questions fusent, et la plupart ne trouvent pas de réponses, laissant le lecteur dans le flou, l'invitant à émettre ses propres hypothèses. Ca c'est de l'intrigue, putain !
Je finirai mon monologue en précisant que le personnage principal, ce cher Dwight l'imbécile cynique qui me fait (presque) mourir de rire, m'a totalement accrochée. En revanche, comme on ne sait rien ni de son physique, ni de son passé (ce qui, je pense, n'aurait pas vraiment - du tout - sa place dans cette nouvelle ), j'aurais apprécié, c'est vrai, que sa psychologie soit plus développée dans la narration. (Je pense d'ailleurs qu'en te penchant un peu plus sur ce côté de l'histoire, tu pourrais ainsi toucher un plus large public ...)
Voilà tout ce que j'ai à dire sur cette histoire, et en conclusion, j'ajouterai qu'il s'agit là d'une nouvelle qui m'a énormément plue, et que le talent de l'auteur vaut vraiment le détour

Les erreurs évoqués dans cette critique que je juge la plus poussée ont (presque) toutes été corrigées. Merci encore à Anagramme pour cette véritable disséction...

x Web-Stories a dit :

«Disons que cette fiction va vous surprendre entre les fan-fics Jonas Brothers et les petites histoires d'amour ! C'est du gore, du trash, et c'est violent. Personnellement, j'adore ça !
L'habillage est je trouve un peu trop simple, mais bon ça colle bien à l'histoire. Quelques fautes d'orthographe, mais rien de bien dramatique !
L'histoire ensuite... L'auteur a eu juste une imagination incroyable pour cette nouvelle ! Les descriptions sont vraiment très précises, mais peut être un peu trop à certains moments... Le suspens est vraiment tenant jusqu'à la fin... Rien à dire à part bravo !»


Ma manie du détail a tendance à gacher certaines choses, j'imagine... J'fais pas exprès (*pleure*). Mais c'est vrai... qu'est ce qu'on en a foutre, des calibres des fusil à pompe, au juste ?

x Tu-veux-une-fiction n'a pas encore d'avis...


«Disons le franchement cette fiction n'est pas une de ces fictions basés sur l'amitié ou l'amour, c'est de la violence, du trash et du gore pur et dur. Un habillage et des couleurs qui nous font directement rentrés dans ce monde. J'ai eu un petit coup de c½ur pour les photos qui sont très belle et s'accordent parfaitement. Des fictions comme celle là il faut bien l'avouer, elles ne sont pas commune du tout. C'est vrai qu'il faut s'armer de patiente pour la lire et pour tout comprendre à cause des chapitres et des paragraphes qui ne sont pas très espacés, mais cela vaut vraiment le coup. On remarque le savoir et la connaissance de l'auteur ou encore la recherche qu'elle a du faire sur les armements et autres... Une bonne concordance dans la fiction, une très belle fiction dans son genre. Quelques petites fautes d'orthographes mais ce n'est pas bien grave. Un personnage principal qui est très accrocheur. J'ai vraiment bien aimée cette fiction, le talent de l'auteur vaut vraiment le détour. Bonne continuation.»

J'adore les histoires d'amitié et les romances... De loin. Mais faut pas croire. Je ne mange personne, moi.




«☼ Tout d'abord un habillage neutre, c'est noir mais ça s'accorde à merveille au thème de la nouvelle, un peu comme le décor de l'intrigue. Des photos vraiment belles, en accord parfait avec ce qui est raconté. Un bon point sur l'apparence en tout cas.

Pour l'orthographe je n'ai rien trouvé à redire, aucune faute visible selon moi, je ne suis pas une pro mais j'en ai vu aucune.

L'idée !! Je suis scotchée, bluffée et à vrai dire envoutée par cette idée. C'est violent, c'est gore, c'est trash, c'est dérengeant et par conséquent c'est original. Les personnages sont presque tous détestable ( selon moi ), l'intrigue est complète, bien ficelée et bien emmenée vers cette fin magistrale. A vrai dire tout m'attre dans cette nouvelle, c'est exactement ce que j'aime et pour une fois l'on peut enfin se défouler. Je décrirait l'idée comme un bon film d'horreur acec un vrai scénario.

Le style de l'auteur est presque parfait. Certe le rythme est saccadé par endroit, des phrases courtes mais c'est exactement ce qu'il faut, l'on ressent les haletement, le suspense et l'attente des personnages juste dans la façon d'écrire. Un vocabulaire riche et varié, presque aucune répétition, j'ai dût en croiser deux malheureuses sur la totalité du texte. Des descriptions d'un réalisme surprenant qui permettent de se plonger avec plus de profondeur dans l'histoire.

Le texte est écrit en blanc sur fond noir à vrai dire c'est un peu agressif pour l'oeuil mais ça colle au décor. Sinon tout va bien, c'est espacé.

Tout s'enchaine parfaitement. Je n'ai rien à redire de ce point de vu là, à part qu'un sommaire aurait pu être de mise

En résumé une fiction pour un public averti que j'ai adoré et qui s'avère être très réussie»


Je mets le sommaire sur le premier article, c'est vrai que ça ne ferait pas de mal. Je suis touchée par tant de compliments.
T_O__B_E__C_O_N_T_I_N_U_E_D

My name is... Dr Zed

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# Posté le jeudi 17 décembre 2009 13:54

Modifié le dimanche 20 décembre 2009 12:32

/////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////Nouvelle 1 : /////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////S I G N A L 9 1 1/////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////______________« Lointain cousin du fusil de chasse, la Winchester Defender illustre brillament le concept consistant à transformer un être doté de facultés cognitives avancées en steak tartare ambulant.»

/////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////Nouvelle 1 : /////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////S I G N A L  9 1 1/////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////______________« Lointain cousin du fusil de chasse, la Winchester Defender illustre brillament le concept consistant à transformer un être doté de facultés cognitives avancées en steak tartare ambulant.»
«Cette fascination qui attire les foules devant les requins mangeurs d'hommes et, au zoo, les fait graviter autour des grandes fauves à l'heure des repas, on peut la qualifier de "macabre", mais le mot ne rend pas justice à notre besoin compulsif d'explorer les limites de l'humain en vivant par procuration des éxperiences de mort, de déstruction, de souffrance. De nos jours, dans le monde civilisé, ce sont des récréations interdites, baignées de cette aura de clandestinité un peu crasseuse qui s'attache d'ordinaire aux revues pornographiques. »



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S I G N A L 9 1 1

- 22h48 -

_______La sonnerie du standard retentit, stridente.
- 911, à votre écoute - dit l'hôtesse en décrochant, d'un ton calme.
A vrai dire, elle ne s'attend pas à grand chose. En hiver, ici, les gens ont tendance à appeler le 911 pour n'importe quoi. Y compris une angine.
Pourtant, cette fois-ci, ce fut différent.
- Allô... Allô... ? Je vous en supplie, aidez-moi...
La voix féminine est cassée par l'angoisse.
Des parasites crépitent sur la ligne, coupant ses phrases par intermittence.
- Calmez-vous, mademoiselle. Qu'est-ce qui se passe ? Où êtes-vous ?
- Je... venez vite... par pitié... Ils...
- Où êtes-vous ?

L'hôtesse entend un bruit sourd, peut-être une porte qui claque. La voix s'est faite saccadée, se transformant en un murmure de terreur. Jamais elle n'a entendu pareil ton haché, suppliant.
- Zone industrielle... secteur quatre... s'il vous plaît...
Il y eut un grésillement d'ondes parasites. La réception est mauvaise.
Quelque chose à l'autre bout du fil semble tomber.
- Mademoiselle ?
Bip, bip, bip - lui répond le combiné. La liaison fragile a été rompue. L'hôtesse ne s'autorise que quelques millièmes de secondes de surprise.
Ici, chaque minute compte.
Elle appuie sur un interrupteur de la console.


- 23h00 -


- Secteur quatre. Je répète, secteur quatre.
- Bien compris. Nous y allons.

La voiture de flics n'a pas pris la peine de se parer de ses sirènes. Patrouillant près du quartier de Green Temple, situé en bordure de la Z.I, les agents Burke et Cahill furent contactés par le Central à 22h52. Le 911 signalait un appel en provenance du Secteur 4 de la friche industrielle.
- Il est vaste, le secteur quatre - gromelle Burke en reposant le réceptacle de la radio.
Cahill gare la vieille Dodge près des grilles de l'usine de lino, désaffectée lors de la grande dépression. Le maire a promis de la démolir, mais les ouvriers ne sont encore jamais venus et le panneau "Défense d'entrer" pend tristement sur les grillages rouillés. L'usine dessine ses tuyaux gigantesques en filigrane derrière les mailles lâches. L'hiver a jeté un froid glacial sur la nuit, et le décor industriel semble s'être cristallisé.
- On va commencer par là - déclare Cahill, une lampe torche à la main, en resserrant son blouson autour de lui.
Il gèle sévère. Une épaisse buée sort de leurs bouches, vaporeuse à l'instant.
- Va appeler une ambulance, on ne sait jamais. J'm'occupe de ce putain de cadenas.
Obéissant, Burke court à la voiture, heureux de se glisser dans la tiédeur de l'habitacle, ne fut-ce que pour quelques minutes.
Cahill, le plus ancien des deux, se démène avec le lourdaud cadenas du portique. Ceinte d'une chaîne décrépie, la serrure cadenassée s'écaille de rouille.
Aucune trace ne montre qu'elle a été forcée récemment.
L'agent y glisse un court canif tout en se demandant ce qu'une nana pouvait bien foutre dans l'usine par cette nuit de janvier. Sûrement une junkie.
Vermine...
Mais on ne doit en aucun cas ignorer un appel à l'aide ; jamais.
La lame du canif finit par faire céder le mécanisme rudimentaire du cadenas. L'attache de celui-ci saute, dans une éclaboussure de poussière métallique.
Cahill pousse le portail des deux mains, et les panneaux grillagés s'ouvrent en gémissant. La chaîne dégringole et tombe au sol avec un bruit sourd.
Burke clopine vers son supérieur, les joues rosies par la morsure du froid.
- J'ai appelé le Skeleron General Hospital. Ils nous promettent une Medic Alpha d'ici quinze minutes...
- Le Skeleron General ?
- Cahill hoche de la tête comme pour présenter ses condoléances - La seule fois où j'ai vu un de leurs médecins à l'oeuvre, j'ai compris qu'un hamster armé d'une scie sauteuse ferait du meilleur boulot... Enfin... Allons-y. Ils franchissent les grilles non sans appréhension.
___________L'éclairage, engangué par le givre qui fondait sur les circuits chauds, fonctionne mal. Certains coins de l'usine trapue qui étale ses locaux sur des centaines de mètres, sont plongés dans le noir total. Des containeurs, des caisses abandonnées, gisent près des murs tels des épaves incongrues. Une dizaine de rouleaux de lino moisi s'entasse à côté de poubelles gigantesques, exhalant une odeur putride d'ordures oubliées.
- Charmant - commente le jeune Burke dans sa barbe.
Une main posée sur le holster de sa hanche comme pour se rassurer, il essaie de ne pas trop traîner derrière Cahill.
Celui-ci tient son Smith & Wesson .38 prêt à l'emploi, collant sa lampe torche sur le canon de l'arme comme s'ils ne faisaient qu'un.
Une grosse mouette - l'éboueuse des friches délaissées - auparavant occupée à trifouiller un sac troué au sol, s'envole avec un cri déchirant.
Burke la suit des yeux, nerveux.
Un rat détale non loin, dans un petit crissement de griffes. Il se réfugie en dessous d'un vieux camion à la remorque accolée à un terminal de déchargement, dont le store pend de travers, cassé faute d'entretien.
Cahill contemple les bâtiments hérissés de passerelles et de cuves tortueuses, comme évaluant le périmètre blanchi de givre.
- C'est trop grand - gromelle-t'il - Il nous faut des renforts. Burke ?
- Compris, chef.

Burke décroche son talkie-walkie et appuie sur le canal du Central. La réception est mauvaise, brouillée par des chuintements stridents, indistincts.
Il jure à voix basse.
- Ici... tral... - crache la radio au milieu des parasites.
Burke soupire. Il frissonne, malgré l'épaisseur de son blouson de flic.
- Ici les agents Cahill et Burke. Nous aurions besoin de renforts dans le secteur quatre, celui de l'usine de lino...
Il doit répéter plusieurs fois pour se faire comprendre. Sa voix est périodiquement submergée de parasites grésillants.
- ... tral... bi... reçu... voyons... forts.
- Merci, Central.

Burke range son talkie-walkie en soupirant. Il voit alors que Cahill s'est éloigné, inspectant les lieux miteux. Il s'empresse de le rejoindre, heurtant involontairement la pile de linos défraîchis.
Les rouleaux dégringolent au sol.
_____Cahill se retourne, alerte.
Burke hausse des épaules.
- Ils nous envoient des gars.
- Bien... Nous avons du boulot.

Transis de froid, ils marchent le long du mur.
Celui-ci a jadis été peint d'une couleur verte, mais elle a disparu sous une couche de crasse. La peinture s'écaille telle une peau lépreuse.
Un vieux panneau vissé indique que l'entrée de service se trouve à une vingtaine de mètres. Ils les parcourent.
Le béton dallé sous leurs pieds est recouvert d'un étrange mélange de détritus - canettes, vieux magazines, journaux déchirés, boîtes de conserve et autres ordures.
Avant que les autorités civiles de la ville ne clotûrent l'usine, celle-ci a servi à de nombreux squats. Certains l'ont même transformé en dépotoir provisoire.
______________Une machine à laver défoncée achève sa retraite de rouille près d'un container à déchets renversé. Les yeux de Burke s'attardent sur un graffiti mal exécuté qui noircit le mur craquelé, près de l'entrée de service, située dans une dépression du bâtiment tentaculaire.
L'horizon leur est coupé par un renforcement de l'usine, une entremêlée de gros tuyaux d'évacuation s'enfonçant dans le sol, passant entre deux grilles rectangulaires. Il fut un temps où une épaisse vapeur nauséabonde pulsait de ce cloaque, mais dans le trou protégé de plaques de maille ne clapotte désormais que l'eau de pluie croupie.
_______________Les portes battantes de l'entrée pendent sur leurs gonds, comme défoncées par un coup de bélier monstrueux. Le sol est jonché de débris de verre qui craquent sous leurs bottes.
Les entrailles du bâtiment ne sont que ténèbres. Une légère puanteur de moisi coule de l'ouverture. Balayant l'entrée du faisceau violent de sa lampe, Cahill peut y apercevoir une rangée de casiers fracturés.
Une porte métallique gît par terre.
____________Des affichettes de service, arrachées des murs, sont autant de feuilles mortes jonchant le linoléum tâché et retourné par endroits.
- Y'a quelqu'un ? - s'écrie Cahill.
Sa voix forte meurt dans un écho assourdi.
Burke se sent vraiment mal à l'aise. Il y a quelque chose de malsain dans cet endroit, il le sent sans pour autant parvenir à l'identifier.
Les relents de bois moisi, de béton humide et de pourriture lui chatouillent les narines.
- Vous croyez qu'elle est où ? - interroge-t'il, baissant la voix malgré lui.
Tout en s'avançant plus près de l'entrée sombre, Cahill lui répond qu'il n'en a aucune idée.
- Ce n'est peut-être qu'une putain de junkie... Elle s'est trop piquée et agonise dans un coin... - siffle Cahill.
Il a une sainte horreur des toxicomanes, c'est bien connu à la brigade. Quand ils furent à l'intérieur, un courant d'air abat une porte branlante contre le mur avec fracas.
_________Burke ne peut s'empêcher de sursauter et Cahill se moque de lui, le traitant de bleu trouillard. Ce qu'il est probablement, au vu des trente ans de service de son équipier.
La lumière de leurs lampes dessine des rondes disparates, révélant des murs tâchés d'humidité froide. Les tuyaux qui courent au plafond ont été rongés par la rouille depuis longtemps, et l'eau goutte par leur dentelle métallique avec de gros flocs.
_____Cahill met le pied dans une flaque nauséabonde et jure à haute voix.
- Y'a quelqu'un ? Où êtes-vous ? Police... Nous venons vous chercher...
Sa voix reste sans réponse.
Une odeur doucereuse règne ici, un mélange d'oeufs pourris et de sucre humide. En franchissant le premier tournant, les deux agents ont la surprise de découvrir qu'au plafond, un seul halogène de la rangée fonctionne encore. ]Sa lumière tremble tel un spot, plongeant le couloir délabré dans un clair obscur clignotant, grisâtre.
- Ohé ? Vous êtes là ?
Le grésillement de l'halogène défectueux emplit l'espace, zonzonnant.
Des feuillets tâchés parsèment le sol au revêtement racorni. Poussée par un courant d'air, une canette de soda usagée roule près des bottes de Cahill.
Une porte grince quelque part au fond.
- Si vous nous entendez, montrez-vous.
Une lueur bleutée, lointaine, balaie le sol derrière eux, jetant un éclat spectral sur les divers détritus. Burke se retourne, soufflant de soulagement.
- L'ambulance est là - déclare-t'il en scrutant ses arrières.
Au fond du secteur bétonné se découpe la silhouette trapue de la Medic Alpha, les gyrophares dehors. Il voit les infirmiers sortir un brancard, prévoyants. Il leur adresse un signe depuis l'entrée, mais ils ne l'aperçoivent pas.
Burke retourne auprès de son équipier.
Cahill est toujours figé au tournant du couloir, arme et torche au poing.
Ses yeux sont fixés au sol.
- Regarde - dit-il à Burke.
Et Burke voit. Dans le tremblottement de l'halogène, on les aperçoit à peine. Sur le linoléum crasseux sont imprimées de légères traces de pieds.
_________Nus.
On voit clairement les empreintes des orteils. Les traces sont fines, profilées. Des pieds de jeune femme. Les empreintes sont maculées de sang.
- Bon Dieu - souffle Burke.
Il sent ses doigts se crisper légèrement sur la crosse de son Smith & Wesson.
- C'est rien - le rassure Cahill de sa voix posée - Elle s'est juste écorchée. C'est plein de saloperies, ici.
- Ouais, et bah, allons la chercher et allons nous-en... Cet endroit pue la mort...
Cahill hoche de la tête pour signifier qu'il comprend.
Essayant de respirer par la bouche pour ne pas inhaler l'infection aigre-douce qui sévit ici, ils avançent dans le couloir, se collant aux murs roides.
_________________Le blouson de Burke racle douceureusement le mur, y arrachant des lambeaux de peinture molle, tels des pelures d'orange.
Les papiers graisseux voltigent au sol, se traînant sur le lino sale dans un froissement. La porte au fond du couloir claquait par intermittence.
Les traces de pas écarlates s'y dirigent.
________________Burke sent un filet de sueur lui couler sur la nuque. Quelque chose dans cet endroit lui fout la nausée. C'est peut-être l'odeur de vinaigre périmé, ou le froid qui s'insinue sous son blouson tel un cafard.
La porte se trouve juste devant eux, entre deux embranchements du couloir. Une faible lueur provient du tournant de droite. C'est probablement une de ses lampes veilleuses protégées par une maille d'acier, que les usines installent au ras du sol.
Il est étonnant de constater que l'électricité n'a pas encore été coupée, après tout ce temps. A y penser, l'usine possède sûrement un groupe électrogène indépendant, à moitié fracassé peut-être, mais qui fournit du courant à une petite partie du bâtiment.
_______Telle est la pensée de Burke.
La porte, à l'étroite vitre opaque de crasse jaunâtre et au contre-plaqué bosselé claque à nouveau. Puis les deux agents voient nettement la poignée s'abaisser, et la porte claque une ultime fois, fermée par le percutoir de la serrure. Le choc sur le landau est brutal, une fine couche de plâtre s'entrepose au sol après avoir voltigé dans l'air glacial.
Un casier métallique a été renversé à leur gauche. Cahill s'approche de la porte, portant la main sur la poignée tordue.
Un rat couinant bondit par dessus le casier evisceré, se cognant dans ses jambes. Burke est resté en retrait, surveillant l'environnement d'un oeil anxieux.
Son équipier pèse sur la poignée, mais le panneau de faux bois refuse de s'ouvrir, butant sur un objet lourd. C'est comme si on l'avait poussé là pour les empêcher d'entrer.
______Le regard de Cahill tombe sur sa droite
Le couloir s'enfonce dans un nouveau coude mal éclairé. Et là, juste à côté d'un empilement de vieilles caisses parsemées de dossiers moisis, c'est...
- Hé ! - s'exclame Cahill - Qu'est ce que c'est que ça ?
Il lâche la poignée et fait quelques pas en avant.


Ici, la puanteur se fait plus forte, malsaine, vénéneuse.

# Posté le lundi 07 septembre 2009 14:29

Modifié le jeudi 10 décembre 2009 07:09

23h09

23h09
- 23h09 -


- Ce... Central ?
- Ici Central. Je vous écoute.
La liaison radio est catastrophique. Des échos fantômes jouent sur les ondes.
- Ici... agent Burke...
- Je vous entends mal, agent Burke. Que se passe-t'il ?
- Secteur quatre... putain... venez vite...

Il y eut un choc mou. Comme si on tapait avec un marteau sur une pièce de viande.
Les grésillements de la radio se font insupportables, douloureux.
- Agent Burke ?
- Cahill... Cahill est mort... secteur quatre... venez vite... merde !

Un glissement strident. La radio emet un bip.
- Agent Burke ?
La neige s'est entreposée sur la fréquence, tournant à l'inaudible.
- Agent Burke ?
Le talkie-walkie de Burke est mort, vraisemblablement pietiné. Au Central, on échange des regards perplexes.
- Appellez le SWAT. Y'a un truc qui ne tourne pas rond dans le secteur quatre.

# Posté le mardi 08 septembre 2009 14:31

Modifié le dimanche 08 novembre 2009 09:57

23h27

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__________J'veux pas dire, mais les zones industrielles, putain que c'est moche.
Jugez par vous-même : c'est une immense friche plantée de bâtiments étranges, plus effrayants les uns que les autres.
Le secteur 4 est abandonné depuis longtemps, depuis que les japonais de chez Otsiju se sont implantés dans les secteurs 2 et 5, provoquant la fermeture de la vieille usine à lino.
__________Il y alors eu une grève plutôt méchante, et je me rapelle avoir vus des copains flics en revenir avec pas mal de bleus. Les ouvriers étaient des costauds, mais même ces dockers durs à cuire ont dû plier et leur usine est morte.
Des deux côtés, des fenêtres aveugles, obstruées de planches, de briques ou bien béant d'une noirceur de suie nous pointent.
__________Le secteur est devenu une véritable décharge. De vieux frigidaires écaillés cotoient ici des machines industrielles depuis longtemps vêtustes et des mouettes se nichent dans les pelleteuses écrabouillées par le temps.
C'est un cimetière, une ode à l'industrie d'un autre siècle, celle qui polluait à pas de raison, celle qui emplissait autrefois la ville d'un grondement vivant et nourrissait plus de la moitié de sa population.
Désormais, le maire veut raser le secteur 4, devenu inutile, et y construire je ne sais quelle abérration commerciale. Ainsi, les panneaux "Danger travaux" ont envahi les abords de l'usine de lino, et alors que le gros camion noir du SWAT se gare près de l'ambulance, j'aperçois un tas de parpaings et une bétonneuse vide entassés contre une grille à moitiée écroulée sur elle-même.
_______Je descends ; la tenue me gêne un peu - vous n'avez pas l'idée, même approximative, de son poids - mais au moins suis-je immunisé contre la gelure de l'air.
Nous sommes six : le sergent Pat "Little" Wender, les premières classes Hugo Laren, James Puller, Chris Tall, Thery Mankowski.
Et moi.
Les deux ambulanciers, bleuis par le froid, accourent vers nous comme des lucioles attirées par une ampoule.
- C'est quoi ce bordel ? - leur aboie le sergent Wender à la figure, aussi poli que d'habitude - Pourquoi les flics ont besoin de nous ?
Hé, Wender, du calme. T'oublies que nous aussi, nous sommes de la maison.
Le surnom "Little" qu'on attribue tous à Pat Wender est bien sûr ironique.
C'est un gaillard de trente deux ans, d'un bon mètre quatre vingt dix et d'une solide centaine de kilos, avec une voix à faire rentrer n'importe quel chien à la niche.
Au SWAT, on a du mal à lui trouver des tenues assez larges, ce qui résume tout.
________L'un des ambulanciers recule, prudent, craignant probablement que Wender ne lui fourre le canon de son M4 sous le nez.
- Vous avez reçu l'appel du Central, non ? - déclare le second infirmier, un peu plus costaud que le premier, sans pour autant rivaliser avec "Little".
Wender se tourne vers lui. Sous l'effet du froid, son nez a viré au rose, ce qui lui donne l'air d'un abonné aux Alcooliques Anonymes.
- Ouais. On nous a dit de venir ici.
- Pareil pour nous. C'est l'agent Burke qui nous a contactés.

Le sergent regarde autour de lui, balayant la friche décrepie et désolée des yeux.
A quelques mètres de la Medic Alpha du Skeleron General Hospital est garée une vieille Dodge aux couleurs de la police. Une de ses portières - côté conducteur - est encore ouverte, et l'habitacle est éclairé par la fadeur du plafonnier.
Le moteur, lui, ne tourne plus.
- Et bien, il est où, cet agent Burke ? Et Cahill ? Il était avec lui, non ?
- Oui. Ils ont été dépêchés ici suite à un appel reçu au 911. Cela fait vingt minutes qu'on a aucune nouvelle...
- répond l'ambulancier.
De toute évidence, il est plus préoccuppé par la perspective de se cailler près de l'ambulance dans les heures qui suivent que du sort des deux flics.
- Ce qui m'étonne, c'est qu'on vous appelle, vous - prononce le type, indiquant notre camionnete du menton, comme si nous étions responsables de tous ses maux.
- Le Central soupçonne qu'il y a quelque chose de pas net, là-dedans. Burke ne répond plus. Il a déclaré que Cahill était mort...
- Ah, bon - dit l'ambulancier.
A sa tronche, je vis qu'il s'en foutait pas mal. Wender soupire et nous fait signe de le suivre.
- Mettez vos casques. On sait jamais.
Alors j'enfile ma cagoule, et le casque anti-émeutes qui va avec. Je ne tarde pas à crever de chaud, à en oublier qu'il fait moins trois dehors.
________Au SWAT, on ne sort jamais sans le grand arsenal. Gilets en kevlar, genouillières, protège-coudes, ColtM4 ou Heckler & Koch MP5, ou encore - dans mon cas - une Winchester 1300 Defender, un fusil à pompe calibre 12 chargé de chevrotine.
__________Nous sommes prêts à parer toute éventualité, à gérer n'importe quelle situation. Que cette ignoble usine abrite un gang, un réseau de trafiquants d'armes lourdes, Ben Laden en personne, ou plus probablement, quelques marginaux trop défoncés pour aller pisser, nous allions les faire sortir de là.
- Vous, vous ne bougez pas - lance Wender aux deux ambulanciers.
Il y eut une vague réponse affirmative.
________Personne ne désobéit au sergent "Little". Moi y compris, même si parfois je le trouvais quelque peu lent et crétin. C'est juste un avis personnel.
____________Nous avons franchi le portail défoncé pour nous retrouver devant l'espace vide jouxtant l'usine, et qui avait dû autrefois être un parking, mais qui est désormais encombré de containeurs, de caisses et de pneus de voitures sales.
La faible lumière des projecteurs défoncés auréole les murs de zébras blafards, soulignant tous les défauts de la peinture vétuste.
- Y'a rien - dit Laren.
La même affirmation est reprise par tous les autres.
Wender nous mène donc vers l'entrée de service.
________Des mouettes se sont perchées sur les tuyaux et les passerelles, nous contemplant d'un regard glauque, mort. L'une d'elles a incliné sa petite tête pour me vriller de ses yeux inexpressifs et, excedé, je tape de la crosse de ma Defender sur les tuyaux.
La vibration et le bruit les font s'envoler en ballet.
Leurs cris sont comme une scie mal reglée.
- Caporal Tobias, c'est pas le moment de s'amuser - lâche Wender à mon intention avec son ton de bouledogue.
- Je déteste les piafs, sergent - répliqué-je.
- Ferme ta gueule.
C'est ce que je fis.
Nous étions arrivés devant l'entrée de service.
Six lampes torches posent leur rayon brut sur le seuil écorché.
___________Une épaisse traînée de sang, pas encore tout à fait coagulé, s'étale du seuil des portes branlantes jusqu'à toute la partie visible du couloir délabré.
La trace est irrégulière.
De minuscules gouttelletes ont éclaboussé le bas métallique des battants.
- Putain - fut le seul commentaire que s'autorise Wender.
Tous sont, tout à coup, plus tendus.
On s'avance prudement dans le couloir, qui à croupions, qui rasant les murs. Wender, en bon chef, a accouru au coin du mur et a scrupuleusement verifié que le tournant ne répresente aucune menace.
_________Il nous fait signe. En abaissant mon arme, équipée d'une luminole puissante, je vois le bordeaux qui s'est imprimé au sol.
C'est comme si on y avait traîné un cadavre. Je repense à ces pauvres flics. Dieu sait quelle saloperie leur est arrivée ici.
________Nous avons fini par déboucher sur une intersection. Le couloir se divise là en deux, et la partie droite est faiblement éclairée par une ampoule au ras du sol. Quelque part, un aérateur ronronne. Je vois presque son hélice poussièreuse tourner avec paresse, peinant à chaque rotation pour brasser l'air.
________Ca pue grave, ici. Un mélange peu ragoûtant de lait caillé et de vêtements humides.
________Mais le plus dégueulasse est sûrement l'aspect de la porte qui se trouve devant nous.
Sa vitre poisseuse de crasse couleur pisse, son revêtement de contre-plaqué cabossé, sont en grande partie recouverts de brun. Wender y passe un doigt.
L'hémoglobine est encore fraîche.
_______Une partielle trace de doigts s'est collée à la poignée blanche, comme si le type qui s'est trouvé ici - Cahill, Burke ? - s'est agrippé là en dernier recours.
Le sergent essaie bien de pousser la porte, mais elle refuse de s'ouvrir. Un truc lourd l'empêche de pivoter, sûrement une caisse ou une armoire.
- Bordel - râle Wender.
Deux des premières classes scrutent le couloir à gauche.
________Il n'y a rien de notable là-bas, mis à part un casier renversé, une série de tags obscènes, une forte odeur de pisse et deux ou trois rats maigrichons.
_______Tall, lui, s'est engagé à droite, tatillon comme une anguille éléctrique. Avec Mankowski à mes côtés, je surveille le couloir duquel nous sommes venus, au cas où celui - ou ceux - qui se trouvaient ici auraient décidé de nous surprendre en marchant sur nos pas.
Putain, mais qu'est ce que ça pue...
- Hé ! Venez voir ça ! C'est dégueulasse !
Wender cesse de lutter avec la porte éclaboussée de sang.
C'est Tall, parti seul sur la droite, qui nous a hélés.
- Ah bon sang... ! Wender appelle tout le monde. Nous le suivons.
Quelques mètres plus loin, Chris Tall a relevé la visière de son casque. Du peu que je vois de son visage sous la cagoule, je le devine blanc, malade. Il fixe quelque chose contre le mur, masquée à notre vue par des caissées marquées du logo de l'usine.
_______Je fais quelques pas en avant, encore.
Et dus me détourner un instant, pour ne pas gerber dans le casque. Le dos tourné, je soulève la visière. L'air, même vicié, me fait le plus grand bien.
- Oh, putain - soufflais-je.
Je me retourne, désormais certain de ne pas défaillir. Et je regarde.
________C'était Burke.
Il n'avait plus son uniforme de flic, d'ailleurs, il n'a plus grand chose. Seule sa tête est encore intacte, grotesque. Sa bouche est ouverte, filet de bave aux lèvres, l'expression congestionnée. Les yeux grands ouverts, vitreux.
Plus bas, c'était le truc le plus moche que j'aie vu, et pourtant, j'ai été en Iraq.
______Burke avait été... comment je peux le décrire ? Merde. Le pauvre type n'est plus qu'un squellette sanglant. Ses côtes sont encore réliées entre elles par de minces filaments rosâtres, gluants comme de la morve. Quelques pauvres bouts de chair rougissent encore ses poignets, ses tibias et ses orteils.
Et sinon, rien, juste une carcasse répugnante aux os blanchâtres, brisés. Un filet de nerfs s'enroulait autour de son bras, pourpre.
- Merde... Qu'est-ce qui... - balbutie Wender.
C'est la première fois, en deux ans de service au SWAT, que je vois Pat "Little" Wender perdre son sang-froid.
J'avais pourtant commencé à croire que rien ne lui faisait de l'effet, à celui-là, à part les belles gonzesses. Mais c'est vrai que là, y'a de quoi rendre tripes et boyaux.
_______C'est visiblement ce que s'apprête à faire le première classe Laren, affectueusement surnommé "Mauviette".
Il s'est appuyé des deux bras au mur écaillé derrière lui, la tête baissée, soudain pris d'un terrible vertige nauséeux.
Mais cette fois-ci, je n'eus pas le coeur à me moquer de lui. Moi-même je ne suis pas vraiment dans mon assiette. Il me faudrait sûrement plusieurs verres de whiskey pour effacer le cadavre dessosé de Burke.
Et p'têtre même un ray de coke. On verra.
Le sergent Wender a visiblement surmonté le choc.
- Faut trouver celui qui a fait ça.
- Ceux, tu veux dire
- le coupais-je - Ca m'étonnerait qu'un gars arrive à faire ça tout seul en vingt minutes.
- Ouais... J'y crois pas - Wender est troublé, je le vois bien - Et où sont passés ces... ? Ces... Je me le demande bien. Plus de viscères. Plus... plus rien.
- Qu'est-ce qu'ils lui ont fait ? Sa question ne trouve pas de réponse parmi nous.
Essayant de chasser le cadavre étrange de ma tête - pas gagné, mon vieux - je les suis dans les entrailles de l'usine.
Mon Dieu, cette odeur... elle me rend malade.

# Posté le dimanche 13 septembre 2009 14:09

Modifié le dimanche 08 novembre 2009 09:57